Le soleil de l’éducation qui s’est levé sur le désert Kenyan
- Recep KOÇAK
- 4 saat önce
- 7 dakikada okunur

Un homme s’était levé très tôt pour aller admirer le lever du soleil sur la plage de sa ville. En arrivant, il remarqua qu’un autre homme, arrivé avant lui, s’affairait à ramasser quelque chose sur le sable avant de le lancer dans la mer. En s’approchant, il comprit qu’il s’agissait d’étoiles de mer échouées sur la plage, que cet homme remettait patiemment à l’eau. Intrigué, il lui demanda:
— Que faites-vous ?
L’homme répondit :
— Je remets ces étoiles de mer dans l’eau.
— Pourquoi faites-vous cela ?
Sans interrompre son geste, il répondit :
— Pour qu’elles puissent survivre.
Le nouvel arrivant, surpris, répliqua :
— Mais il y en a des milliers sur cette plage, bien plus que vous ne pourrez jamais sauver. Vous êtes seul. En quoi vos efforts peuvent-ils réellement changer quelque chose ?
L’homme ramassa alors une nouvelle étoile de mer, la lança dans les vagues, se retourna vers son interlocuteur et répondit avec un sourire :
— Pour celle-ci, tout a changé.
En 2015, lorsque nous nous sommes rendus au Kenya en tant que responsables de la supervision des sacrifices de l’Aïd organisés par l’Association Deniz Feneri, nous avons eu le sentiment de nous retrouver face à des centaines de milliers d’« étoiles de mer » humaines, attendant qu’une main secourable leur soit tendue.

Une partie de notre équipe s’est rendue au camp de réfugiés de Kakuma. Quant à nous, accompagnés d’un groupe de personnes généreuses qui avaient choisi, elles aussi, de « ramasser des étoiles de mer », nous avons pris la direction du camp de Dadaab. Pour atteindre ce camp, il faut entreprendre plusieurs heures de route depuis Nairobi, la capitale kenyane. Au cours du voyage, M. Ahmet Gazi nous raconta que deux bénévoles venus auparavant soutenir les actions de l’Association Rida avaient perdu la vie sur cette même route. Nous avons prié pour eux. L’un était décédé dans un accident de la circulation, tandis que l’autre avait succombé à une attaque cérébrale provoquée par un caillot sanguin.
Situé à proximité de la ville de Dadaab, ce camp est le plus grand camp de réfugiés au monde. Nous y avons découvert près de 700 000 personnes, contraintes de vivre loin de leur foyer et de leur patrie, attendant dans le désespoir que le monde se souvienne de leur existence. Des enfants, des personnes âgées, des femmes, des hommes, des familles entières… Des centaines de milliers de victimes et d'opprimés espèrent qu'au-delà des frontières, des frères et des sœurs sensibles à leur détresse leur tendront enfin une main secourable.
Ces populations survivent grâce aux distributions limitées de nourriture assurées par les Nations unies ainsi qu'au soutien de quelques organisations humanitaires. Leur quotidien est une lutte permanente entre la vie et la mort.
En tant que représentants des associations Deniz Feneri, Beşir et Rida, nous avons procédé à l'abattage de centaines d'animaux de sacrifice à Dadaab, accomplissant ainsi les procurations confiées par nos généreux donateurs. Nous avons été témoins du fait que chaque partie des animaux sacrifiés, jusqu'à leur peau et leurs sabots, était valorisée et utilisée.
Les actions éducatives menées par Deniz Feneri et Rida auprès d'une partie des orphelins vivant dans le camp ont apporté un profond réconfort à nos cœurs.

L'image qui nous a le plus réjouis fut sans aucun doute celle du Complexe pour orphelins Aysel et Şerif Fındıkkaya, dont Deniz Feneri venait d'entamer la construction à proximité de la ville de Dadaab. Lorsque nous avons visité le chantier au coucher du soleil, les travaux étaient déjà très avancés. Ce que nous avions sous les yeux annonçait qu'un grand nombre de ces « étoiles de mer » humaines allaient bientôt retrouver l'espoir et s'accrocher de nouveau à la vie.
Construit grâce au soutien de l'homme d'affaires de Bursa Mehmet Fındıkkaya, en mémoire de sa mère Aysel Fındıkkaya et de son défunt père Şerif Fındıkkaya, ce complexe destiné aux orphelins a pour vocation de contribuer à l'éducation des enfants réfugiés vivant dans le camp de Dadaab ainsi que des orphelins issus des villages environnants.
Il constituera à la fois un centre de services et une véritable porte d'espérance, aussi bien pour les orphelins kényans que pour les enfants réfugiés.
Au sein du complexe sont prévus une mosquée, une école, un orphelinat, une bibliothèque, une salle de soins, un bâtiment administratif, une cuisine communautaire, un centre d'abattage destiné aux actions humanitaires ainsi qu'une maison d'hôtes destinée à accueillir les visiteurs venant de Türkiye ou d'autres pays pour mener des missions à Dadaab.

Le complexe pourra accueillir au moins 300 enfants orphelins dans son programme éducatif.
Le complexe comprend une école de 350 m², un bâtiment d’orphelinat de 430 m², un bâtiment de services de 250 m² abritant une bibliothèque et une salle de soins, une cuisine communautaire, un centre d’abattage ainsi qu’une mosquée de 155 m².
Pour la ville de Dadaab, ce projet revêt une importance vitale. Les enfants orphelins qui y recevront une éducation représenteront une immense source d’espoir, tant pour leurs familles que pour leur pays. Plus important encore, l’Association Deniz Feneri, qui assure la coordination du projet, s’est engagée à accompagner ces enfants jusqu’à l’achèvement de leurs études universitaires.
Le Complexe pour orphelins Aysel et Şerif Fındıkkaya apparaît comme une véritable oasis au milieu du désert. Les enfants orphelins sélectionnés parmi les réfugiés des camps de Dadaab et les villages voisins y recevront non seulement une éducation, mais aussi une préparation à la vie et à l’avenir.
Je félicite de tout cœur mon ami et frère Mehmet Fındıkkaya, généreux donateur de ce projet. Je prie pour que Dieu accorde Sa miséricorde à son défunt père, Şerif Bey, et qu’Il accorde à sa mère, Aysel Hanım, une longue vie en bonne santé, riche en bienfaits.
Selon un hadith rapporté par Abdullah Ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée), le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) a déclaré :
« Il n’est permis d’envier que deux personnes : celle à qui Allah a accordé une richesse qu’elle dépense entièrement dans la voie du bien, et celle à qui Allah a donné la science, qui juge avec justice grâce à elle et l’enseigne aux autres. »(Rapporté par al-Bukhari, Livre de la Science, hadith 15.)
À mon retour du Kenya, où je m’étais rendu en 2015 pour superviser les sacrifices de l’Aïd, j’avais rédigé les lignes précédentes.
Quelque temps plus tard, la construction du complexe fut achevée. En 2018, nous sommes retournés à Dadaab pour son inauguration, accompagnés de notre donateur Mehmet Fındıkkaya ainsi que d’un groupe d’invités. Au lancement du projet, son coût était estimé à 300 000 dollars américains. Toutefois, plusieurs aménagements supplémentaires furent intégrés au programme, portant le coût total à près de 500 000 dollars. Sur cette somme, 350 000 dollars furent pris en charge directement par Mehmet Fındıkkaya.
Le financement restant fut assuré grâce au soutien de plusieurs institutions turques : l’Agence turque de coopération et de coordination (TİKA), le Croissant-Rouge turc (Türk Kızılayı) et la Fondation Maarif, qui contribuèrent ensemble à faire de ce projet un remarquable exemple de coopération entre acteurs publics, humanitaires et philanthropiques.

Au moment de l’inauguration, la mère de Mehmet Fındıkkaya était encore en vie.
À leur retour, son fils lui montra les images de la cérémonie et lui raconta l’importance de cette œuvre humanitaire. Profondément émue, elle exprima sa joie et formula de nombreuses prières.
À cette époque, Aysel Hanım souffrait déjà de plusieurs problèmes de santé. Elle s’est éteinte quelque temps plus tard.
Puisse Dieu lui accorder Sa miséricorde et le Paradis.
Aujourd’hui, Mehmet Fındıkkaya perpétue la mémoire de son père, Şerif Bey, et de sa mère, Aysel Hanım, à travers ce complexe pour orphelins qui poursuit ses activités à Dadaab.
Je prie pour qu’Allah leur fasse miséricorde et qu’Il accorde à Mehmet Fındıkkaya une longue vie, en bonne santé.
En lançant cette œuvre durable (sadaqa jâriya) au nom de ses parents, il a donné naissance à un projet exemplaire qui inspire l’ensemble des bienfaiteurs et démontre combien une générosité bien orientée peut produire des effets durables sur plusieurs générations.
Au cours d’un de nos entretiens, Mehmet Fındıkkaya m’avait confié :
« Par l’intermédiaire de Deniz Feneri, j’ai fait construire des puits d’eau au nom de mon père et de ma mère. Ensuite, j’en ai également fait construire pour ma tante, mon oncle maternel et d’autres membres de ma famille. Le fait d’avoir offert des puits d’eau au nom de mon oncle et de ma tante a profondément réjoui ma mère. Tant qu’elle est en vie, je souhaite continuer à lui apporter cette joie. »
Mehmet Fındıkkaya a également financé l’achèvement d’une mosquée dont la construction était restée inachevée en Côte d’Ivoire. Nous savons aussi qu’il nourrit le projet de faire construire une mosquée à Bursa, sa ville natale, en mémoire de ses parents. Nous espérons qu’il pourra concrétiser cette noble intention dans un avenir proche.
Des étudiants en master ou en doctorat, ainsi que des chercheurs venus d’Europe, des États-Unis ou de Türkiye, rendent régulièrement visite à l’Association Deniz Feneri. Ils cherchent à comprendre les raisons qui ont permis aux organisations non gouvernementales turques, dont le rôle s’est considérablement renforcé au cours des vingt-cinq dernières années, de devenir des acteurs majeurs de l’aide humanitaire internationale.
La plupart de ces visiteurs me posent des questions similaires :
Lorsque vous intervenez à l’étranger, coopérez-vous avec les institutions publiques du pays concerné?
Travaillez-vous en partenariat avec les organisations locales de la société civile ?
Collaborez-vous avec les institutions de votre propre État ainsi qu’avec d’autres organisations turques?
Pour répondre à ces interrogations, je leur raconte l’histoire du Complexe pour orphelins Aysel et Şerif Fındıkkaya, inauguré au Kenya en 2018, et je résume son fonctionnement en quelques mots :
« Le terrain sur lequel le complexe a été construit a été mis à disposition par le gouvernorat de Garissa. Le projet est conduit sur le terrain par une organisation humanitaire partenaire locale. En Türkiye, le maître d’ouvrage est l’Association Deniz Feneri. Quant aux principaux soutiens, ils sont constitués de notre généreux donateur Mehmet Fındıkkaya, de TİKA, de la Fondation Maarif et du Croissant-Rouge turc (Türk Kızılayı), l’une des institutions humanitaires les plus importantes de notre pays. »
Après cette présentation, je demande généralement à mon interlocuteur :
— « Cet exemple répond-il à vos questions ou souhaitez-vous d’autres illustrations ? »
La réponse est presque toujours la même :
— « Cet exemple est, à lui seul, un modèle de coopération parfaitement abouti. Il n’est pas nécessaire d’en citer un autre. »
Cette histoire dépasse le simple récit d’une action humanitaire. Elle montre comment la philanthropie individuelle, l’engagement des organisations de la société civile, le soutien des institutions publiques et la coopération avec les autorités locales peuvent converger pour produire un impact durable.
Au cœur du désert de Dadaab, où vivent des centaines de milliers de réfugiés, le Complexe pour orphelins Aysel et Şerif Fındıkkaya n’est pas seulement un ensemble de bâtiments. Il incarne un symbole d’espérance, offrant aux enfants les plus vulnérables un accès à l’éducation, à la protection et à la perspective d’un avenir meilleur.

À l’image de l’étoile de mer sauvée des vagues au début de ce récit, chaque enfant qui franchit les portes de ce complexe voit son destin changer. Derrière chaque geste de solidarité se cache la possibilité de transformer une vie, et parfois même de bâtir l’avenir d’une communauté tout entière.





Yorumlar