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Les Menaces Climatiques Croissantes en Afrique et la Voie Tracée par le Deuxième Sommet Africain sur le Climat

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    Iliasu Abdallah
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Introduction : Le Paradoxe du Fardeau Climatique de L’Afrique


L’Afrique, qui compte 1,5 milliard d’habitants, est le continent qui contribue le moins aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais elle subit les effets les plus graves du changement climatique. Bien qu’elle ne produise que moins de 4 % des émissions mondiales, elle est confrontée à des sécheresses récurrentes, des vagues de chaleur mortelles, des inondations dévastatrices et une insécurité alimentaire croissante (Organisation météorologique mondiale [OMM], 2023).


Selon le rapport de l’OMM L’état du climat en Afrique, rien qu’en 2022, les catastrophes liées au climat ont touché plus de 110 millions de personnes et causé des pertes économiques directes dépassant 8,5 milliards de dollars américains (OMM, 2023). Les températures extrêmes augmentent les taux de mortalité en Afrique du Nord et de l’Ouest, tandis que la montée du niveau de la mer menace les zones côtières densément peuplées comme Lagos, Alexandrie et Dar es-Salaam.


Selon la Banque africaine de développement (BAD, 2023), les chocs climatiques nuisent aux économies africaines à hauteur de 2 à 5 % de leur produit intérieur brut annuel. Cette situation met davantage à rude épreuve les budgets publics déjà fragiles et compromet les efforts visant à atteindre les Objectifs de développement durable. De plus en plus reconnue comme une crise existentielle, cette situation pousse les pays africains à réclamer non pas de l’aide, mais la justice, et à affirmer leur volonté de façonner un avenir climatique mondial équitable pour tous.


Vulnérabilités Fondamentales et Défis Structurels


La vulnérabilité du continent découle de causes structurelles profondes. Plus de la moitié de la population africaine dépend de l’agriculture pluviale ; cela rend leurs moyens de subsistance extrêmement vulnérables à la variabilité des précipitations (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture [FAO], 2023).


Les recherches montrent que le changement climatique a réduit la productivité agricole en Afrique subsaharienne d’environ 34 % depuis 1961, soit le plus grand recul régional observé dans le monde (Maddison, Manley et Kurukulasuriya, 2007). Sous l’effet des phénomènes El Niño, les sécheresses successives dans la Corne de l’Afrique ont détruit les récoltes, déplacé des millions de personnes et déclenché des crises alimentaires en Éthiopie, en Somalie et au Kenya.


Parallèlement, des précipitations irrégulières et des inondations ont endommagé les infrastructures dans des pays comme le Mozambique et le Nigeria, tandis que des cyclones tels qu’Idai (2019) et Freddy (2023) ont anéanti des décennies de progrès en matière de développement.


Au-delà de l’agriculture, les systèmes de santé publique sont également assiégés par des maladies liées au climat telles que le paludisme, la dengue et le choléra (Organisation mondiale de la santé [OMS], 2023). Le changement climatique accentue les inégalités parmi les populations pauvres des villes en expansion rapide, tout en augmentant le stress thermique et le risque d’inondations.


Les économies africaines, qui reposent sur des secteurs sensibles au climat tels que l’agriculture, la pêche et l’hydroélectricité, sont confrontées à des risques combinés qui aggravent le fardeau de la dette et menacent la stabilité macroéconomique (Fonds monétaire international [FMI], 2024).


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Le Deuxième Sommet Africain sur le Climat (ACS2) : Un Tournant Dans la Diplomatie Climatique


Face à ces menaces croissantes, le deuxième Sommet africain sur le climat (ACS2), qui s’est tenu à Addis-Abeba, en Éthiopie, du 8 au 10 septembre 2025, a marqué un tournant dans la diplomatie climatique africaine. Organisé conjointement par l’Union africaine (UA) et le gouvernement éthiopien, le sommet a réuni plus de 40 chefs d’État, ministres et milliers de délégués autour d’une vision audacieuse : l’Afrique ne doit pas être une « victime », mais un « leader » de l’action climatique (Union africaine, 2025).


La Déclaration d’Addis-Abeba sur le changement climatique et l’appel à l’action adoptée lors du sommet a souligné que l’Afrique définirait sa trajectoire de développement selon ses propres conditions. La déclaration a réaffirmé l’engagement du continent envers l’industrialisation verte, les énergies renouvelables et le financement durable, tout en réclamant des réformes mondiales fondées sur les principes d’équité et de responsabilité commune (Union africaine, 2025).


Selon le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, l’Afrique « possède la population la plus jeune, le potentiel solaire le plus riche et les derniers grands puits de carbone », et elle doit « passer de la mendicité pour sa survie à la construction de l’économie climatique mondiale du futur » (Ahmed, 2025). Ce discours reflète l’esprit d’une transition entre dépendance et autonomie : l’Afrique ne cherche plus à être sauvée, elle façonne désormais son propre destin climatique.


La Déclaration D’Addis-Abeba : Un Cadre Pour un Avenir Vert


La Déclaration d’Addis-Abeba a défini trois piliers fondamentaux pour la transformation climatique de l’Afrique.


Premièrement, elle prévoit d’accélérer les investissements dans les énergies renouvelables — solaire, éolienne, hydraulique et géothermique — afin de tirer parti du vaste potentiel du continent et de faire de l’Afrique une puissance industrielle verte.


Deuxièmement, elle propose la création d’une Coalition africaine des minéraux critiques pour garantir une gestion équitable et transparente des ressources essentielles telles que le cobalt, le lithium et le cuivre, indispensables à la transition énergétique mondiale (Fondation Afrique–Europe [AEF], 2025).


Troisièmement, elle réaffirme l’engagement en faveur de la préservation du patrimoine naturel, notamment des forêts tropicales du bassin du Congo — qui stockent plus de 30 milliards de tonnes de carbone et constituent le deuxième plus grand puits de carbone du monde (Programme des Nations Unies pour l’environnement [PNUE], 2023).


Ces priorités traduisent la volonté du continent d’intégrer les risques climatiques dans ses stratégies de développement pour en faire des opportunités économiques.


Financer la Transition : Combler le Déficit D’investissement Climatique


Le sommet a également abordé le déficit massif de financement climatique de l’Afrique. Le continent aura besoin d’environ 2,8 billions de dollars américains pour atteindre ses objectifs climatiques entre 2020 et 2030, alors que les flux de financement actuels ne s’élèvent qu’à environ 30 milliards de dollars par an (Climate Policy Initiative [CPI], 2022).


Les gouvernements se sont engagés à fournir environ 10 % de ce montant à partir de ressources locales, mais un déficit de près de 80 % persiste. Les dirigeants africains ont souligné que les aides climatiques fondées sur les subventions sont insuffisantes, imprévisibles et mal alignées sur les priorités nationales.


Ils ont donc proposé la création de mécanismes financiers innovants tels que le financement mixte, les obligations vertes et les échanges dette-climat (Union africaine, 2025).


Le Rôle du Secteur Privé et de L’innovation Verte


Plusieurs pays africains ont déjà progressé dans ce domaine. En 2023, le Gabon a conclu un accord « nature contre dette » qui a permis de consacrer 450 millions de dollars à des projets de protection marine. Les Seychelles et le Mozambique, de leur côté, négocient des échanges de dette régionaux pour protéger leurs écosystèmes côtiers (Agbetiloye, 2024).


Le sommet a également approuvé la création d’un Fonds africain pour le climat visant à mobiliser 50 milliards de dollars par an et à soutenir 1 000 projets d’innovation locale (Reuters, 2025).


Ces initiatives illustrent la détermination du continent à passer d’une approche d’« aide climatique » à une approche d’« investissement climatique ». Le secteur privé a été reconnu comme un partenaire clé dans cette transformation. L’AEF (2025) a souligné la nécessité de garantir l’accès des petites et moyennes entreprises africaines — qui constituent l’épine dorsale des économies du continent — à la finance verte, notamment dans les domaines de l’énergie renouvelable, de l’agriculture durable et de la gestion des déchets.


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La Mise en Valeur des İnitiatives Climatiques Dirigées Par L’Afrique


L’un des aspects les plus prometteurs du sommet a été la présentation d’exemples concrets d’initiatives climatiques menées par l’Afrique.


L’Éthiopie, avec son Initiative du patrimoine vert (Green Legacy Initiative - GLI), constitue le projet phare de ces efforts. Depuis 2019, plus de 32 milliards d’arbres ont été plantés à travers le pays avec la participation des communautés, et l’objectif est d’atteindre 50 milliards d’ici 2030 (Issayas et Lemma, 2025).


De même, le Kenya a réaffirmé son engagement à produire 100 % de son électricité à partir de sources renouvelables d’ici 2030 (Gouvernement du Kenya, 2025). L’Ouganda a présenté un Cadre national de politique sur le changement climatique visant à devenir une société à faibles émissions et résiliente au climat (Silwanyi, 2025).


La République démocratique du Congo a mis en avant son rôle de gardienne des forêts du bassin du Congo, tandis que les pays du Sahel ont présenté le projet de la Grande Muraille Verte, qui vise à restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées (PNUE, 2023).


Les Défis Persistants Dans la Gouvernance Climatique et L’architecture Financière


Malgré les efforts de leadership croissants, les défis demeurent considérables. L’architecture mondiale du financement climatique continue de favoriser les pays riches en raison de critères d’éligibilité rigides. De nombreux projets échouent en raison d’études de faisabilité insuffisantes, de capacités institutionnelles faibles et de l’absence de mécanismes de partage des risques.


Le PNUE (2023) signale que le déficit de financement pour l’adaptation dans les pays en développement s’accroît : d’ici 2030, les besoins annuels en financement de l’adaptation atteindront 340 milliards de dollars, alors que les financements actuels restent inférieurs à 25 milliards de dollars.

Ce déséquilibre pousse les pays africains à s’endetter davantage face aux catastrophes et alourdit leur fardeau financier. L’Union africaine et la BAD recommandent d’inclure des clauses de dette résiliente au climat dans les contrats de prêt, permettant une suspension temporaire du remboursement en cas de catastrophe climatique (BAD, 2023).


La Nécessité D’une Transition énergétique : Vers Une Croissance Propre et İnclusive


La transition énergétique de l’Afrique doit concilier urgence et inclusion. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE, 2024), les investissements énergétiques annuels du continent devront atteindre environ 190 milliards de dollars entre 2026 et 2030, dont les deux tiers consacrés à l’énergie propre.


Cependant, l’Afrique n’attire actuellement que 2 % des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables (AIE, 2024). Pour combler ce déficit, il faudra des politiques cohérentes, des réformes réglementaires et des accords d’achat d’énergie fiables afin d’encourager les investissements privés.

La Déclaration d’Addis-Abeba encourage également la mise en place de réseaux électriques régionaux, tels que les pools énergétiques d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique de l’Est (Union africaine, 2025).


Le Renforcement de la Résilience Sociale et des Capacités D’adaptation


Au-delà du financement et des infrastructures, l’ACS2 a mis l’accent sur la nécessité de renforcer la résilience des sociétés. La création de capacités d’adaptation implique l’amélioration des systèmes d’alerte précoce, la construction d’infrastructures résilientes au climat et le renforcement des programmes de protection sociale.


Les investissements dans l’agriculture intelligente face au climat, les semences résistantes à la sécheresse et les systèmes d’irrigation durables peuvent améliorer la sécurité alimentaire. De même, dans les zones urbaines, la planification contre les inondations, les matériaux résistants à la chaleur et les espaces verts peuvent protéger vies et biens.


L’OMS (2023) avertit que si des mesures d’adaptation urgentes ne sont pas prises, les maladies sensibles au climat pourraient doubler en Afrique d’ici 2030. L’intégration des systèmes de santé dans les politiques climatiques, la sensibilisation communautaire au changement climatique et l’autonomisation des populations locales sont essentielles.


Le leadership féminin, le transfert de technologies et l’éducation climatique constituent les pierres angulaires d’une adaptation durable.


Perspectives D’avenir : Les Trajectoires Climatiques de L’Afrique à L’horizon 2050


L’avenir climatique de l’Afrique dépendra de sa capacité à mobiliser des ressources, à mettre en œuvre des réformes institutionnelles et à préserver son unité continentale. Trois scénarios se dessinent :

  1. Scénario Optimiste : l’Afrique déploie rapidement les énergies renouvelables, renforce ses systèmes alimentaires et attire des investissements durables, atteignant une croissance neutre en carbone d’ici 2050.


  2. Scénario İntermédiaire : les progrès sont partiels et inégaux ; certaines régions deviennent résilientes tandis que d’autres restent vulnérables.


  3. Scénario Pessimiste : le manque de financement et de capacités entraîne une aggravation des pertes, une intensification des migrations climatiques et un approfondissement de la pauvreté.

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Conclusion : De la Vulnérabilité au Leadership


En conclusion, les menaces climatiques croissantes qui pèsent sur l’Afrique exigent des solutions urgentes, collectives et innovantes. Le deuxième Sommet africain sur le climat n’a pas été seulement une rencontre entre dirigeants, mais une déclaration mondiale de la volonté de l’Afrique de déterminer son propre destin climatique.


La Déclaration d’Addis-Abeba symbolise la transition d’une logique d’aide à une approche fondée sur l’investissement, le partenariat et les opportunités. Cependant, pour que ces objectifs se concrétisent, des mesures concrètes sont indispensables. Combler le déficit annuel de financement de 200 milliards de dollars, bâtir des institutions inclusives et utiliser efficacement le capital naturel et humain de l’Afrique seront les clés de ce processus.

La crise climatique africaine n’est pas seulement celle de l’Afrique, mais celle de toute la planète. Comme l’a souligné le Premier ministre Abiy Ahmed : « L’Afrique n’est pas un problème à résoudre, mais une solution à soutenir. »

Le monde doit écouter cet appel.


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