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L'Afrique, berceau de la démocratie et des Droits de l'Homme?

Si la démocratie et les Droits de l'Homme sont souvent attribués à l'Occident, en Afrique existaient bien avant Montesquieu ou Rousseau, des communautés qui ont implémenté avec succès des groupements sociaux au modèle démocratique. Les européens ont souvent la prétention d'être à l'origine des normes et règles qui disposent du mode de gouvernement "du peuple, par le peuple et pour le peuple". Souvent, les Occidentaux de façon générale, s'en arrogent les honneurs et en font les valeurs qu'ils ont la responsabilité de semer partout dans le monde. Pourtant, si on reconnaît que la démocratie, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, est le système politique qui s'approche le plus de la perfection, elle n'est pas vraiment le propre de la civilisation occidentale.



En Afrique, bien avant que ne débarquent les Européens futurs esclavagistes et colonisateurs, il existait des communautés aux modes de gouvernance garants de la démocratie et des principes des droits de l'Homme. En Afrique de l'Ouest surtout, des empires et des royaumes (organisés comme de petits Etats) avaient réussi bien avant le XIVe siècle à créer un mode de gouvernance et de respect des droits de l'Homme proche de la démocratie que nous connaissons actuellement.


La charte du Manden Nouveau

Au Mali, dès le XIIIe siècle, les prémices de la démocratie ont été notées. De retour d'une expédition victorieuse contre Soumangourou Kanté, roi du Sosso, Soundjata Keita l'empereur du Mali (qui s'établissait du Sud de la Mauritanie au Niger, en passant par le Sénégal et la Guinée), convoque une assemblée avec ses "hommes de tête" et proclame à Kouroukan Fouga, la "Charte du Manden Nouveau" constituée de sept articles. Nous sommes en 1236 pour certaines sources mais selon l'ethnologue et historien malien, Youssouf Tata Cissé, lui-même chasseur initié ayant travaillé sur cette histoire de l'Empire du Mali, ces sept préceptes connus aussi sous le nom de "serment des chasseurs", dateraient de 1222.


La charte traite notamment de la paix sociale dans la diversité, l’inviolabilité de la personne humaine, l’éducation, l’intégrité de la patrie, la sécurité alimentaire, l’abolition de l’esclavage par razzia, la liberté d’expression et d’entreprise. Même si la légitimité et la crédibilité de cette charte sont remises en question par certains, elle a été inscrite en 2009 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'Unesco. Elle demeure pour beaucoup de penseurs africains la confirmation de l'existence en Afrique d'une démocratie réelle et d'un mode de gouvernance soucieux des Droits en l'Homme bien avant l'arrivée des Européens sur le continent.


La Révolution Torodo

Au Nord-Est du Sénégal existait le Fouta Toro (ou Fuuta Toro), territoire qui a été pénétré par l'Islam depuis le XIXe siècle et qui est resté sous domination des Empires du Mali et du Ghana (appelé le Tekrour à ce moment), puis sous l'autorité du royaume du Djolof, avant d'être envahi par Koli Tengella, un chef peulh, qui y fonda ensuite la dynastie des Deeniyankoobe entre le XVIe et le début du XVIIIe siècle. Marqué par des divergences internes avec surtout l'ingérence des Marocains et des Maures établis sur la rive droite du fleuve du Sénégal, la chute de la dynastie des Deeniyankoobe est précipitée surtout par une révolution des musulmans du Fouta Toro, sous la houlette de Ceerno (Thierno) Suleyman Baal de Boodé (Tooro) entre 1770 et 1776. Le mouvement fera du Foutu une théocratie avec des règles de gouvernance stricte inspirées par son instigateur.


Suleymaan Baal réunit à Cilony (Hoorefoonde dans certaines sources) une assemblée générale des ulémas et notables du Fuuta. Il crée un régime politique appelé Almamiyat avec les principes qui vont de la justice au respect des droits de chacun ("l’égalité de tous devant la justice", "tout individu a droit d’appel auprès de l’Almaami s’il se sent lésé par un chef ou par un jugement") ou de la répartition et de la gestion des deniers publics ("l’impôt, le produit des amendes et tous les revenus de l’Etat doivent être utilisés à des actions d’intérêt général").


Thierno Suleymann Baal accorde surtout une grande importance à la façon dont l'Almaami est choisi et donne même des cas où il pourrait être destitué. Il recommande alors à son peuple : "– d’exiger, pour assumer la fonction d’Almaami, un homme désintéressé, qui ne mobilise les biens de ce monde ni pour sa personne ni pour ses proches ; – si vous le voyez s’enrichir, démettez-le et confisquez les biens qu’il a acquis. – s’il refuse la démission, destituez-le par la force et bannissez-le ; – remplacez-le par un homme compétent quelle que soit sa lignée ; – veillez bien à ce que l’Imaamat ne soit jamais héréditaire – n’intronisez qu’un méritant" (Source: "Les recommandations de Ceerno Suleymaan Baal, fondateur de l'Almaamiyat(1770-1880)").


On pourrait citer d'autres modes de gouvernance en Afrique comme celui de la Collectivité Lébous (créée en 1770) au Sénégal, perçu comme une "République" par plusieurs penseurs. Mais la tradition orale africaine, restée le moyen le plus utilisé pour la sauvegarde de l'histoire, n'a pas toujours permis de relater ces prémices de la démocratie en Afrique de façon crédible. Cette faiblesse a surtout profité à l'Occident dans son narratif de précurseurs de la démocratie en Afrique. Mais sur le continent, les principes fondamentaux de la justice, de l'équité sociale et de la liberté existaient bien avant la Déclaration des Droits de l'Homme et des Citoyens de 1789.

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